Rosette_de_persil_sauvage__chapp__d_un_jardin


C'est fou ce que l'on peut trouver de comestible aux envi­rons mêmes d'un village. En particulier ces salades, comme on dit improprement en ville. La salade n'est pas un légume, mais la façon de préparer et de saler laitues, scaroles ou romaines. A la rigueur, nous disons salade de champs pour désigner l'en­semble des pissenlits, chicorées sauvages, ou cette espèce de mâche qu'on appelle doucette et qui pousse toute seule sur les talus dénudés. On la ramasse à pleins paniers en belle saison. Elle se fane vite, mais elle a un goût doux-amer des plus suc­culents.
Dans quelques jours, si ce beau temps continue, on trouvera des asperges sauvages, pointes molles et tendres de ces asparagus épineux qui croissent entremêlés aux ronces le long des haies. Bien sûr, deux bonnes heures suffisent à peine pour en récolter une grosse poignée, guère plus épaisses qu'aiguilles à tricoter, mais qui parfument merveilleuse­ment les oeufs brouillés.
Déjà sont vigoureux les poireaux qui, sans la main de l'homme, tapissent le sous-bois des oli­veraies. Il y a aussi le persil retourné à sa propre nature et qui atteint son mètre : on en fait des brassées qui, cuites avec des pommes de terre, font des soupes goûteuses. Et l'ail lui aussi, plus parfumé que son confrère cultivé.

Ainsi je ne pars jamais dans les combes sans un panier et un couteau. Si je ne trouve pas de légumes, ce qui serait bien le diable, du moins rapporterai-je du fenouil pour le poisson, de la sariette pour le fromage, du thym pour le ragoût, de la mar­jolaine pour la daube. Et puis il y a encore des vergers aban­donnés où cueillir des prunes, des pommes, des cerises rede­venues amères et qu'on mettra dans l'eau-de-vie, et des ter­rasses délaissées aux ronces où de vieux oliviers donnent en­core des fruits.
A la maison, on ne peut s'empêcher de trouver meilleur goût à tous ces aliments grapillés.
C'est sans doute illusoire et naïf, mais le plaisir est là.

In, « Vivre en Provence
Photo Rosette de persil sauvage