Finales_5

Pour Calyste

Participe présent

Je ne peux pas dire que je sois athée. Le mot d'origine grecque est formé du mot « theos », Dieu, et de la lettre « a », alpha, dite privative.

L'athée se prive de Dieu, de l'énorme possibilité de l'admettre non pas tant pour soi que pour les autres. Il s'exclut de l'expérience de vie de bien des hommes. Dieu n'est pas une expérience, il n'est pas démontrable, mais la vie de ceux qui croient, la communauté des croyants, celle-là oui est une expérience. L'athée la croit affectée d'illusion et il se prive ainsi de la relation avec une vaste partie de l'humanité. Je ne suis pas athée. Je suis un homme qui ne croit pas.

Le croyant n'est pas celui qui a cru une fois pour toutes, mais celui qui, obéissant au participe présent du verbe, renouvelle son credo conti­nuellement. Il admet le doute, il expérimente l'équilibre et l'équilibre instable avec la négation tout au long de sa vie. Certes, il y a des jours où le croyant flanche, peu ou prou, car tel est l'en­jeu de la plus difficile des vocations humaines.

Je suis un homme qui ne croit pas. Chaque jour je me lève très tôt, je feuillette pour mon usage personnel l'hébreu de l'Ancien Testament qui est mon obstination et mon intimité. Ainsi, j'ap­prends. Je sens que chaque jour les bouts de vie que je perds sont compensés par un mot qui vient lentement à la rencontre de mon immobilité et me réconforte par un signe d'intelligence. Tous les jours, la tête vide, je suis devant les lettres hébraïques et j’effleure en elles la distance abys­sale entre leur sens et celui que je parviens à sai­sir. Dans tout cela je reste non-croyant, je reste quelqu'un qui lit à la surface des lettres et qui en tente la traduction selon la plus rigide obédience à cette surface révélée.

In," Alzaia" 1997