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Ce sont les plis qui ouvrent le désir. Ce sont eux qui le relancent. Un vent très léger s'allume dans la nuit. Les ondulations commencent. Elles ne recher­chent rien, rien d'autre que la poursuite d'elles-mêmes, et de ce vent qui les fait exister à travers le temps.

Quand je regardais le corps de ces femmes, je voyais un monde de plis - de merveilleux plis dans les robes. Les plis, me disais-je - des plis de brocart, des plis de moire, des plis de toutes les couleurs, liés à la floraison des tissus -, en offrant la tenture à la vie du mouvement, l'ouvrent en même temps au désir : l'érotisme de ces tapisseries commence avec l'ondulation des robes.
« Ta robe, ce sera mon Désir, frémissant / Onduleux, mon désir qui monte et qui descend » (Baudelaire).

Un geste délicat suffit à inventer le corps qui le rend possible. Faites-vous l'esprit ouvert au secret. La fente par où votre oeil s'embarque ne révèle rien car une tapisserie n'est formée que de surfaces ; mais elle permet à l'oeil, en entrant dans la trame, de rejouer un récit qui ne s'adresse qu'à lui-même.

Un va-et-vient de plis passe devant vous comme une chevelure enflammée. C'est le tissu qui palpite. Il devient sous vos yeux un monde.

In, « A mon seul désir » éditions Argol 2005
"Le goût", détail