31 mars 2008

Pierre Reverdy

Le cœur tournant Il ne faut pas aller plus loin Les bijoux sont pris dans la lyre Les papillons noirs du délireRemuent sans y penser la cendre du couchant A peine revenu des voyages amersAutour des coeurs jetés au fond des devantures Sur l'avant-scène des prairies et des pâtures Comme des coquillages nus devant la mer A peine remué par l'amour de la vieDes regards qui se nouent aux miensDes visages sans nom des souvenirs anciens Diamants de l'amour qui ... [Lire la suite]
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30 mars 2008

Henri Michaux

Agir, je viens Poussant la porte en toi, je suis entréAgir, je viensJe suis làJe te soutiensTu n'es plus à l'abandonTu n'es plus en difficultéFicelles déliées, tes difficultés tombentLe cauchemar d'où tu revins hagarde n'est plusJe t'épauleTu poses avec moiLe pied sur le premier degré de l'escalier sans finQui te porteQui te monteQui t'accomplit  Je t'apaiseJe fais des nappes de paix en toiJe fais du bien à l'enfant... [Lire la suite]
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29 mars 2008

Dominique Sampiero (Pluies battantes)

Les pluies battantes (extrait) On ne peut pas faire des mots pour parler des gens d'ici, des phrases toutes belles engoncées de style, ce sont les manières des gens de la ville, on ne peut pas faire ça, c'est comme mentir. Alors on se tait. En cela on leur ressemble. On res­semble aux vaches, à tout le monde, aux chiens derrière les grilles. Au chat fou qui traverse comme une flèche, éclate contre une voiture tout le sang de sa fourrure, sa cervelle, son dedans, à vif. C'est un silence comme une colère. On... [Lire la suite]
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28 mars 2008

Dominique Sampiero (Fraîche évidence)

(Extraits) Je range tes lettres comme des papillons ou je ne sais quoi. Comme des pages de lumière vivante qui battent des ailes avant qu’on repousse le tiroir. Je les entends remuer la nuit, le jour.Tu sais à quelle vitesse s’éteignent ces brasiers qui nous font croire plus vivants.Cette sorte d’amour. On a beau tourner la page, c’est encore la blancheur.On n’entre jamais ici, on effleure.  *  Tu dis « je vais à ta rencontre » et tu marches vers toi-même. Tu coules à pic dans... [Lire la suite]
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26 mars 2008

Philippe Delerm

Le bibliobus C'est bien, le bibliobus. Il passe une fois par mois, et s'installe sur la Place de la Poste. On connaît toutes les dates de l'année à l'avance. - Elles sont écrites sur une petite carte brune qu'on vous glisse dans un livre emprunté. Le 17 décembre, de 16 heures à 18 heures, on sait que le grand camion blanc balafré du sigle « Conseil général » sera fidèle au rendez-vous. C'est rassurant, cette mainmise sur le temps. Rien de mal ne peut vous arriver, puisque l'on sait déjà que dans un mois le... [Lire la suite]
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25 mars 2008

Eugène Savitzkaya (Peler une pomme)

L'épluchage des pommes, s'il est accompli avec précision, à l'aide d'un petit couteau à lame très fine que certains appellent l'économe, équivaut à un véritable jeu d'adresse. On peut observer, par transparence, la lame glisser sous la peau. Et, de la main, on voit se dérouler une sorte de phylac­tère qui indique la superficie totale du fruit. Voilà un travail qui, s'il ne tenait qu'à moi, serait rayé à tout jamais des manuels de la vie domestique, car une pomme est un tout, la peau appartient à la chair et la chair se... [Lire la suite]
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24 mars 2008

Eugène Savitzkaya (En hiver, pour écrire)

En hiver, pour écrire, j'ai besoin de deux caisses de bois par jour afin que le feu ne s'éteigne jamais dans le poêle. J'ai besoin d'avoir chaud pour écrire. J'ai besoin, pour écrire, de savoir que les autres occupants de la maison ont chaud. Et même si je n'écris pas une ligne, je brûle deux caisses de bûches par jour. A partir de quel moment est-ce que je me mets à gaspiller ce bois précieux ? Au-dessous de quelle intensité de désir d'écrire devrais-je m'interdire d'allumer du feu dans mon bureau ? A partir de... [Lire la suite]
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23 mars 2008

Nicolas Boileau (1636 - 1711)

Il est certains esprits... Il  est certains esprits dont les sombres pensées Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ; Le jour de la raison ne le saurait percer. Avant donc que d'écrire, apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. Surtout qu'en vos écrits la langue révérée Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. ... [Lire la suite]
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22 mars 2008

Pierre Seghers

Ta robe ne sera pas de brocart, mais de soie,invisible comme une fumée s’enroulantautour de la rosée d’un glaïeul. Ni l’ambreni le musc ne t’oindront des parfums d’Arabieplus lourds que les pesants bijoux, mais dans la nuitle chèvrefeuille s’ouvrira, transparent et frais. L’aube naîtra,le soleil reviendra d’un coup, comme une boule dans les persiennespour le jeu du bonheur égaré, renaissant. On écoutera la pacotilleet les fruits inconnus s’échanger dans la ruedans des échoppes de... [Lire la suite]
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21 mars 2008

Claude Adelen

Dans le bronze ou le plomb ces formes lisses de fesses, cuisses et seins,et l'asile obscur des bras où parfois rêve un visage Qui n'est visage de personne,ou tête pensive dans la paume,la Méditerranée et la Nuit. Oublieuses, nues dans le sommeil noir des mots,cette couleur étrangèrequ'ont les yeux fermés, cette couleur d'oubli Qui coule de l'été dans les plis secrets du coude et de l'aine,dans l'entrejambe et l'absence de sexe, là où rien ne parle, la source,la bouche d’énigmes. In,... [Lire la suite]
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