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Revenir sur les traces, interroger ce qui fut dit. Un moyen de fixer son profil parmi les artifices des ressemblances.
Je m’en inquiète, je poursuis. Protégé, enclavé dans l’île interne. Tous les fruits sont tombés. Quelqu’un parle d’une saison moins opulente. Je l’écoute, je relis les phrases d’un autre été. Ici, le vent ne souffle pas, les questions sont indemnes sur la table. Avec la glose par-devant, empilée contre le corps du texte.
J’ai pensé, moi aussi, je suis l’auteur du texte, j’interprète. La trace ou le pourquoi des traces, il faut choisir. Avoir écrit ne confère aucun pouvoir sur la chose écrite. Pourtant, je le maintiens, des paroles furent là conjointes. Dans le rituel d’un éclair, le travail devenait plus facile.
J’étais étranger à ce travail. Je croyais puis je ne croyais pas à l’inspiration, mais les lignes finissaient toujours par faire un semblant de témoignage. A chaque ligne, des analogies, le parcours sinueux du symbole. Et le poème, par-delà. Surface lisse, littérale, sans aspérités ni replis. J’ai traversé tout un jardin, en quête de planimétries rassurantes.
Sur la table, aujourd’hui, ce froissement de vocables. Je l’écoute avec les yeux. Comme un souvenir de feuilles, ou la promesse de ne pas mourir tout à fait.

Un récit par fragments. Une prose qui s’accoutume à perdre le fil. C’est le détour obligé.

In, " Le jour à peine écrit"
Photo Dominique Robert, Between the sheets (flickr)