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 « Si l'homme parfois ne fer­mait pas souverainement les yeux,
il finirait par ne plus voir ce qui vaut d'être vu »

(René Char, Feuillets d'Hypnos)

 La souve­raineté des hommes consiste bien à d'abord se tourner vers l'intériorité pour y découvrir ce qui fait leur nature même : ils ont eu eux, dans le vide même de leur conscience, cette infinie faculté de garder le sens de la vérité comme ce qui ne s'oublie pas.
Le temps de cette fermeture des yeux n'est pas celui du sommeil et de la nuit, il est celui de l'éveil et de la lumière intérieure qui devra ensuite éclairer le monde. Le regard tourné vers soi doit apprendre à savoir regarder ce qui vaut d'être regardé. La souveraineté de la pen­sée humaine est cette puissance et ce discerne­ment du regard permettant de séparer le faux du vrai.
Ainsi, ayant appris en son intériorité à regarder ce qui vaut d’être regardé, à savoir les multiples visages du vivant, peut-il exercer une souveraineté qui n'est pas une cruelle domina­tion mais un serein accueil. Avoir étanché sa soif à l'arbre de la connaissance ne l'éloigne alors pas de l'arbre de la vie. Toute idée de péché est enfin ôtée à celle de la connaissance.

Il demeure sinon une contradiction du moins une ambiguïté : comment peut-on à la fois penser et dire le vivant, comment peut-on por­ter la vérité du vivant à la claire intelligence, puisque précisément il ne saurait y avoir d'énigme de l'intelligible : l'intelligible est ce qui est donné à voir après que tout énigme ait été percée mais la vérité du vivant consiste qu'il demeure énig­matique. Tel est sans doute le lieu du différend entre le poète et le philosophe mais aussi celui de leur non seulement nécessaire mais encore vital dialogue.

In, « Terre des poètes et ciel des penseurs »
Buddha, époque Java Centre, VIIIè siècle