31 janvier 2008

Pierre Corneille

" Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre: Toute votre félicité Sujette à l'instabilité En moins de rien tombe par terre; Et comme elle a l'éclat du verre, Elle en a la fragilité. "  In, "Polyeucte, IV, 2"Photo G.Mery - (photoplap) 
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30 janvier 2008

Jean-Marc La Frenière

Depuis que l'homme et les machines grandissent côte à côte, il me semble que le coeur a des battements d'acier.  
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29 janvier 2008

Charles Juliet

Ma voix, il lui a fallu un long temps pour mourir. J’avais en tête le mot mûrir, et je m’aperçois que je viens d’écrire mourir. J’accueille donc ce mot qui s’est subrepticement glissé sous ma plume, et j’écris en toute connaissance de cause : ma voix, il lui a fallu un long temps pour mourir. Cette voix silencieuse qui se confond avec les mots que depuis quelque trente ans, jour après jour, je trace à grand-peine avec un stylo sur des feuilles de papier, un long temps lui a été nécessaire pour mourir aux mots,... [Lire la suite]
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28 janvier 2008

Alain Bosquet

L'homme civilisé J’ai gazé quelques Juifs : c’est une race affreuse, puis je me suis distrait en écoutant Mozart. J’ai fusillé des partisans : c’est la chienlit, puis j’ai humé la rose avec un tel amour ! J’ai dépecé l’Arabe : une bête de somme, puis j’ai mis des faveurs au cou de mon caniche; J’ai enterré vivants des Arméniens : les Turcs avaient raison ! puis j’ai songé au Tintoret, à Vélasquez, à Zurbaran. J’ai réchauffé le Nègre : était-il fade, avec sa... [Lire la suite]
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27 janvier 2008

Colette

J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher qu'à cette heure, s'y épanouisse au soleil, toute une chevelure embaumée de forêts; rien ne peut empêcher, qu'à cette heure, l'herbe profonde y noie le pied des arbres d'un vert délicieux et apaisant, dont mon âme a soif. Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas le parfum des bois de mon pays égale la fraise et la rose ! Tu jurerais, quand les taillis de ronces y sont en fleurs, qu'un fruit mûrit on ne sait où, - là-bas, ici, tout près, -un... [Lire la suite]
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26 janvier 2008

André Breton (Ecusette de Noireuil)

Chère Écusette de Noireuil,    Au beau printemps de 1952 vous viendrez d'avoir seize ans et peut-être serez-vous tentée d'entrouvrir ce livre dont j'aime à penser qu'euphoniquement le titre vous sera porté par le vent qui courbe les aubépines... Tous les rêves, tous les espoirs, toutes les illusions danseront, j'espère, nuit et jour à la lueur de vos boucles et je ne serai sans doute plus là, moi qui ne désirerais y être que pour vous voir. Les cavaliers mystérieux et splendides passeront à toutes... [Lire la suite]
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25 janvier 2008

Roberto Juarroz (Le silence)

Le silence qui subsiste entre deux motsn'est pas le silence qui entoure une tête qui tombe, ni celui qui nimbe la présence de l'arbrequand s'éteint l'incendie vespéral du vent.De même que chaque voix a un timbre et une hauteur, Chaque silence a un registre et une profondeur.Le silence d'un homme est différent de celui d'un autreet ce n'est pas la même chose de taire un nom et de taire un autre nom. Il existe un alphabet du silence,mais on ne nous a pas appris à... [Lire la suite]
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24 janvier 2008

Régis Debray

Un bon tableau, dans un premier temps, nous désapprend la parole et nous réapprend à voir. A soupeser, à placer, à distinguer à l'oeil nu le grenu du fibreux, le mat du semi-mat, le dépoli du translucide ; à faire résonner au fond de soi la silencieuse intensité d'un outremer, le jeu changeant des rayons lumineux sur une surface vernissée, et le glacis flamand fait pour la semi-obscurité d'un intérieur d’hiver n'est pas le satiné vénitien de ces palais aux baies ouvertes sur le large été. Bonnard s'amusait, on... [Lire la suite]
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23 janvier 2008

Didier F.

Sacré bastringue Le quotidien qui nous attachePrison sans murs qui freine nos rêves,Peut se dissoudre comme une tacheDans une lessive de phrases brèves…  Juste des mots, écrits ou lusPour tordre enfin ces pauvres railsQue nous suivons l’âme dévêtueJusqu’au moment où cesse le bail…  Juste l’esprit, sans aucun zincPour s’envoler, pour s’évaderVers le pays de la bourlingueOù la folie vient parader  Juste l’envie de crier « NON !... [Lire la suite]
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22 janvier 2008

Jean-Paul Michel

Plusieurs fois j’ai porté à mes lèvres un livrel’ai baisé dans cette façon enfantine comme on ferait du visage d’un bienfaiteur et mûde quelque reconnaissance obscure ou lumineuse remercié tant la lecture arrachesi passionnée et pure elle enlève à ce qui pèse ou au contraire aggrave de vigoureuse présencece qui demande pour être exactement sentid’être ainsi avivé. Dans ces instants je me demande si tant d’innocence n’est pas simple ridicule d’une âme faible et crains... [Lire la suite]
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