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La belle et la bête n'est pas une mauvaise histoire ; mais il y a une autre façon de la raconter.

Une bête est devenue amoureuse d'une jeune fille. L'amour transforme son coeur et sa vie. Elle s'aperçoit qu'elle a pris la figure d'un beau jeune homme, et n'hésite plus à aborder cette enfant.

Celle-ci est bien un peu effrayée tout d'abord par ce qui est resté de sauvage dans la nature de cet amoureux. Mais l'amour ne tarde pas à la persuader que c'est la force de sa passion et non pas celle de sa nature qui jette ce jeune homme dans ces ardeurs un peu effrayantes. Elle ne peut pas haïr des fureurs qu'elle croit avoir causées.

Elle riait en écoutant la bête lui dire : « Tu ne sais pas ce que cache ma douceur. Tu ne sais pas combien je suis méchant, et que c'est ton charme que tu vois dans les extases qui m'enchaînent. Je ne serais pas si doux si tu n'étais pas toi. Je me nomme Loup. »

Un jour, Loup était distrait  et elle inventa d'aller dans le bois se promener seule pour ramener sur elle la crainte et toutes les préoccupations de son amant. Et celui-ci eut peur, comme la jeune fille l'avait bien prévu. Il pensa qu'une bête pourrait la prendre et la manger et aussitôt il sentit que ses dents s'allongeaient.

Quand la jeune fille revint, elle s'aperçut qu'il ne pouvait plus sourire et pensa qu'il devenait méchant. « Tu es méchant, lui dit-elle. Tiens, je vais te dire ce que tu es » Et elle lui peignit son état avec d'atroces couleurs : « Tu es mauvais, comme le vent d'hiver, et tu es mauvais comme l'orage. Tu es méchant comme la gelée et comme la grêle. Il n'y a personne d'aussi méchant que toi, si ce n'est le pendu qu'on ne voit qu'à minuit sur cet arbre de la forêt qui ne reverdit jamais de l'horreur qu'il a de le porter  »

Elle l'a rendu à sa nature et le loup s'est enfui. Et elle est demeurée inconsolable : « Quand je pense, dit-elle, que c'est un loup que j'ai aimé, un loup, une bête qui me faisait peur quand j'étais enfant, même si je ne le voyais pas ; une bête qui me faisait peur quand je ne l'avais jamais vue. » Et soudain, fondant en larmes : « Quand je pense qu'il est parti sans me manger ! »