automne5_07_10_2007



Le pull d'automne

C'est toujours plus tard qu'on ne pensait. Septembre est passé si vite, plein de contraintes de rentrée. En retrouvant la pluie, on se disait « Voilà l'automne » ; on acceptait que tout ne soit plus qu'une parenthèse avant l'hiver. Mais quelque part, sans trop se l'avouer, on attendait quelque chose. Octobre. Les vraies nuits de gel, dans la journée le ciel bleu sur les premières feuilles jaunes. Octobre, ce vin chaud, cette mollesse douce de la lumière, quand le soleil n'est bon qu'à quatre heures, l'après-midi, que tout prend la dou­ceur oblongue des poires tombées de l'espa­lier.

Alors il faut un nouveau pull. Porter sur soi les châtaignes, les sous-bois, les bogues des marrons, le rouge rosé des russules. Refléter la saison dans la douceur de la laine. Mais un pull neuf : choisir le nouveau feu qui va com­mencer de finir.

Dans des tons verts? Un vert d'Irlande, pois cassé, brumeux, whisky rugueux, sauvage et solitaire comme les champs de tourbe, l'herbe rase. Mais roux ? il y a tant de rousseurs, che­velures ophéliennes, désir de goûter comme avant, pain-beurre-pain d'épice, forêts sur­tout, rousseur du sol, rousseur du ciel, insai­sissables odeurs de foires et bois, de cèpes et d'eau. Et grège, pourquoi pas ? Un pull à grosses mailles, à croisillons, comme si quelqu'un avait encore le temps de tricoter pour vous.

Un pull très grand : le corps va s'abolir, on sera la saison. Un pull en creux d'épaule, en espérant... Même pour soi, c'est bon, cette façon de jouer la fin des choses ton sur ton. Choisir le confort des mélancolies. Ache­ter la couleur des jours, un nouveau pull d'automne.

In, "La première gorgée de bière "
photo Dan