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Vers le matin des cerises

 plus jamais je ne détournerai les yeux
vers un vol de pigeons
quand quelque part on battra
un enfant devant sa mère

quand on lèvera les armes
contre la rumeur adolescente
répandue à travers les rues
pour crier ce que d'autres pensent

quand on fusillera un peuple
dans un tonnerre de bouches
et de poitrines innocentes
quand on mentira dans les journaux

plus jamais je n'aimerai la poésie poétique
tant qu'il y aura une lumière incarcérée
tant qu'il y aura un nouveau-né affamé
déjà rattrapé par les canines du néant

malgré les pleurs de la mère
malgré les hurlements du père
malgré les oiseaux et le ciel
et la graine chantant sous l'argile amoureuse

plus jamais je ne pourrai regarder en face
ceux qui vont les yeux bandés
à travers l'époque cruelle
rachetée par le sang de ceux qui luttent
et parfois loin de tous et de tout calmement meurent