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«Sa passion des images libertines, érotiques — certains disent simplement : cochonnes —, remontait loin, bien avant la vague pornographique qui monte depuis quelques années et va sans doute atteindre son point culminant, si elle ne l'a déjà dépassé — mais cela, c'est la société, c'est l'histoire de la photographie. Son histoire à lui est celle d’un homme, et d’abord d’un enfant, remarquablement solitaire, en qui certaines tendances se sont énormément développées, faute des distractions habituelles à l’enfance et à la jeunesse. On dirait nature exceptionnelle ! — que quelque chose en lui prévoyait, attendait, ce que des imbéciles ont appelé, trente ans plus tard, la “révolution sexuelle”, et qui n'avait rien d'une révolution, puisque cette apparition à tous les kiosques (et dans les sex-shops) des images du corps féminin, mettant le sexe en évidence, ne faisait que répondre à des tendances vieilles comme l'être vivant, sans les satisfaire mieux qu'aux temps des contraintes et des expédients. Je ne me demande pas, du gamin de treize ans qui osait soulever du bout du doigt la page de Frou-Frou suspendu à l'étalage du marchand de journaux (et se retournant, l'enfant voit son oncle qui le regarde gravement en hochant la tête), ou de l'homme de quarante ans, gris et pesant, qui s'approche du kiosque du boulevard Bonne-Nouvelle où il est sûr de trouver trois ou quatre recueils de photos venus du Danemark —, lequel éprouve l'émotion la plus intense; il est évident que là comme ailleurs l'enfant est le père de l'homme, mais quelle étrange paternité ! Un petit démon craintif, ayant lui-même pour principe une sorte de bébé de feu, entièrement pétri de désirs sans nom, qui lui font un corps invisible toujours éveillé, nuit et jour. Bébé de feu, homme vieillissant, corps trop présent qui s'alourdit, c'est bien le même être sans doute...»

In, "Le poison des images"
Peinture Vettriano