piranes3



Il ne restait plus rien que les piliers porteurs
des voûtes colossales. II ne restait plus rien
que l'ombre exorcisée, rien qu'une plaie de pierres
ouverte sur le pus des ténèbres. On voyait
toutes les charnières et les instruments du système
de la terreur, les dents plantées sur des épieus
dans un ordre dément On voyait l'ordonnance
des lieux obscurs; les passerelles
qui butaient sur le vide et sur l'écrasement.
On y voyait le poids, la force,
et les secrets de la machine du pouvoir
surpris et dévoilés jusque dans leurs assises.
Ce n'était que cela. Les marches d'un palais,
un labyrinthe de silence

où nul n'osait parler, la nombreuse structure
faite pour pétrifier chacun avec chacun.

Extrait de "Piranèse" in, "Le Temps des Merveilles"
Gravure,
"Carceri", Giovanni Battista Piranesi