31 juillet 2007

Sandor Marai

Dans un roman paru en 1980 « Judith...et l’épilogue », Marai exprime le désenchantement qui l’incite à ne plus écrire. Dans une chambre d’hôtel à Rome, Judith raconte sa vie à son amant. Elle parle de sa liaison avec un écrivain, qu’elle ne nommera pas. C’est un homme bizarre qui n’écrit plus, pour lequel elle n’éprouve pas de sentiment, mais à l’influence duquel elle ne peut se soustraire. L’écrivain lui confie qu’à la vue du chaos qui règne dans le monde, il n’a plus confiance dans l’avenir. » « On raconte que les Grecs... [Lire la suite]
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30 juillet 2007

Albert Cohen 3 (Ariane lit une lettre de Solal)

Soudain, elle n’en pouvait plus. C’était alors une lecture minutieuse et lente, une étude de la lettre, avec des arrêts pour méditer, pour se représenter, les yeux fermés, et sur les lèvres un sourire un peu idiot, un peu divin. Afin de mettre en valeur des mots plus tendres ou plus ardents, elle recouvrait parfois la feuille de ses deux mains, de manière que seule la phrase merveilleuse restât visible. Elle s’hypnotisait sur cette phrase. Pour mieux la sentir, elle la déclamait, ou encore, prenant une glace à la main, se la... [Lire la suite]
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29 juillet 2007

Albert Cohen 2 (Ariane reçoit une lettre de Solal)

Trois fois dans la journée, bien avant l’arrivée du courrier, elle était sur la route à attendre. Lorsqu’il n’y avait pas de lettre de l’absent, elle faisait au facteur un sourire aimable, la mort dans l’âme. Lorsqu’il y avait une lettre, elle l’ouvrait tout de suite, la balayait du regard. Une lecture superficielle, du bout des yeux. Elle s’empêchait d’en prendre vraiment connaissance, ne voulait pas s’en pénétrer. Il s’agissait seulement de s’assurer qu’il n’y avait pas de catastrophe, qu’il n’était pas malade, que son retour de... [Lire la suite]
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27 juillet 2007

Albert Cohen 1 (Ariane écrit à Solal)

Soucieuse de perfection, elle rédigeait d’abord des brouillons, deux ou trois, pas davantage. La dernière version jugée satisfaisante, elle se lavait les mains pour ne pas risquer d’altérer le papier à lettres, un vélin teinté, se les lavait longuement, charmée par la pensée qu’elle était une vestale se purifiant avant l’accomplissement d’un rite. Assise devant sa table, ou même à genoux, posture peu commode mais qui lui était troublante, elle dévissait son bon stylo, celui à pointe en biseau qui donnait... [Lire la suite]
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26 juillet 2007

André Gide

Nathanaël, te parlerai-je des grenades ? On les vendait pour quelques sous, à cette foire orientale, Sur des claies de roseaux où elles s’étaient éboulées. On en voyait qui roulaient dans la poussière Et que les enfants nus ramassaient. Leur jus est aigrelet comme celui des framboises pas mûres. Leur fleur semble faite de cire ; Elle est de la couleur du fruit. Trésor gardé, cloisons de ruches, Abondance de la saveur, Architecture pentagonale. L’écorce se fend... [Lire la suite]
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24 juillet 2007

René Char

On ne fait pas un lit aux larmes comme à un visiteur de passage. In, "Feuillets d'Hypnos"  
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23 juillet 2007

Jacques Drillon

L'oreille de l'oeil. Il n'est pas possible de recevoir une oeuvre nouvelle en tant qu'oeuvre nouvelle ; la perception est une opération mentale qui consiste en une reconnaissance multiple d'éléments connus, susceptibles d'être rattachés les uns aux autres, et dont l'agencement nouveau forme l'oeuvre. Lorsqu'on entend une musique pour la première fois, il se déclenche en soi une fantastique série d'opérations de recherche (quelle usine .5 visant à identifier, c'est-à-dire à rendre semblables à du connu le plus de... [Lire la suite]
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22 juillet 2007

Livre de Job

IV. Les discours de Yahvé  Premier discours  La Sagesse créatrice confond Job Quel est celui-là qui obscurcit mes planspar des propos dénués de sens ?Ceins tes reins comme un brave :je vais t’interroger et tu m’instruiras.Où étais-tu quand je fondai la terre ?Parle, si ton... [Lire la suite]
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20 juillet 2007

Etienne Gruillot

L’impudeurL’ingénue n'est pas vraiment nue, tant qu'elle est seule. Sans le regard de l'autre, elle ignore la pudeur comme l'impudeur. On est naturellement a-pudique, comme l'animal ou l'enfant, tant qu'on n'a pas conscience de l'autre. Une fleur est sans pudeur, comme remarque Schopenhauer : sans vergogne, elle étale en son sommet ses organes sexuels, étamines et pistil, parce qu'elle n'a aucune conscience du rapport interindi­viduel; ce qui prévaut, dans le végétal, c'est la reproduction de l'espèce. La pudeur... [Lire la suite]
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18 juillet 2007

Roberto Juarroz

La vie commenceoù l'on veut qu'elle commence,où quelqu'un est capable de créer une forme. Ou là où quelqu'un est capablede se laisser créer par une forme.Mais avant d'entraîner les mainsà créer une forme ou à s'ouvrir à elle,il faut leur apprendre à créer l'espace pour cette forme. La vie aussi s'achèveoù l'on veut qu'elle s'achève,où quelqu'un est capable d'effacer une forme ou d'annuler son espace.Ou là où quelqu'un est capablede se laisser... [Lire la suite]
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