caryatides_Acropole

Dans un roman paru en 1980 « Judith...et l’épilogue », Marai exprime le désenchantement qui l’incite à ne plus écrire. Dans une chambre d’hôtel à Rome, Judith raconte sa vie à son amant. Elle parle de sa liaison avec un écrivain, qu’elle ne nommera pas. C’est un homme bizarre qui n’écrit plus, pour lequel elle n’éprouve pas de sentiment, mais à l’influence duquel elle ne peut se soustraire. L’écrivain lui confie qu’à la vue du chaos qui règne dans le monde, il n’a plus confiance dans l’avenir. »
« On raconte que les Grecs autrefois étaient cultivés, car toute la journée ils se réjouissaient de quelque chose. Les potiers, qui faisaient des statuettes, les marchands d’huile et la population tout entière, les soldats et les sages dialoguaient sur la place du marché au sujet de ce qui est beau ou juste. Imagine un peuple dans la vie duquel il y a de la joie ! Mais ensuite, ce peuple a disparu et a laissé la place à des hommes qui parlaient grec. Ce n’est pas la même chose. »
L’écrivain ne voulait plus écrire, car il y avait tellement de livres qu’il n’y avait plus de vraie place pour la pensée parmi les mots. Il ne voulait plus écrire, car il ne croyait plus que l’écriture puisse changer la nature humaine. Il pensait enfin qu’un monde allait venir où la beauté deviendrait insulte, le talent provocation et le caractère agression : « ...car de partout, arriveront les disgracieux, les dépourvus de talent, les hommes sans caractère. Ils aspergeront de vitriol la beauté, ils badigeonneront de suif et de calomnie le talent. Ils poignarderont ceux qui ont du caractère. Ils sont déjà là et ils sont de plus en plus nombreux. »

In, Avant-propos (Raymond Barre) de « Paix à Ithaque », Sandor Marai.

Caryatides, Palais de l'Erechtéion, Acropolis