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IV. Les discours de Yahvé

 Premier discours

 La Sagesse créatrice confond Job

Quel est celui-là qui obscurcit mes plans
par des propos dénués de sens ?
Ceins tes reins comme un brave :
je vais t’interroger et tu m’instruiras.
Où étais-tu quand je fondai la terre ?
Parle, si ton savoir est éclairé.
Qui en fixa les mesures, le saurais-tu,
ou qui tendit sur elle le cordeau ?
Sur quel appui s'enfoncent ses socles ?
Qui posa sa pierre angulaire,
parmi le concert joyeux des étoiles du matin
et les acclamations unanimes des Fils de Dieu ?
Qui enferma la mer à deux battants,
quand elle sortit du sein, bondissante ;
quand je mis sur elle une nuée pour vêtement
et fis des nuages sombres ses langes ;
quand je découpai pour elle sa limite
et plaçai portes et verrou ?
« Tu n'iras pas plus loin, lui dis-je,
ici se brisera l'orgueil de tes flots ! »

As-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin ?
Assigné l'aurore à son poste,
pour qu'elle saisisse la terre par les bords
et en secoue les méchants ?
Alors elle la change en argile de sceau
et la teint comme un vêtement;
'elle ôte aux méchants leur lumière,
brise le bras qui se levait.
As-tu pénétré jusqu'aux sources marines,
circulé au fond de l'Abîme ?
Les portes de la Mort te furent-elles montrées,
as-tu vu les portes du pays de l'ombre de mort ?
As-tu quelque idée des étendues terrestres ?
Raconte, si tu sais tout cela.
'De quel côté habite la lumière,
et les ténèbres, où résident-elles,
pour que tu puisses les conduire dans leur domaine,
et distinguer les accès de leur maison ?
Si tu le sais, c'est qu'alors tu étais né,
et tu comptes des jours bien nombreux !

 Es-tu parvenu jusqu'aux dépôts de neige?
As-tu vu les réserves de grêle,
que je ménage pour les temps de détresse,
pour les jours de bataille et de guerre ? 
De quel côté se divise l'éclair,
où se répand sur terre le vent d'est ? 
Qui perce un canal pour l'averse,
fraie la route aux roulements du tonnerre,
pour faire pleuvoir sur une terre sans hommes,
sur un désert que nul n'habite,
 pour abreuver les solitudes désolées,
faire germer l'herbe sur la steppe ? 
La pluie a-t-elle un père,
ou qui engendre les gouttes de rosée ?
De quel ventre sort la glace,
et le givre des cieux, qui l'enfante,
quand les eaux disparaissent en se pétrifiant
et que devient compacte la surface de l'abîme ?

Peux-tu nouer les liens des Pléiades,
desserrer les cordes d'Orion,
amener la Couronne en son temps,
conduire l'Ourse avec ses petits ?
Connais-tu les lois des Cieux,
appliques-tu leur charte sur terre ? 
Ta voix s'élève-t-elle jusqu'aux nuées
et la masse des eaux t'obéit-elle ? 
Sur ton ordre, les éclairs partent-ils,
en te disant : « Nous voici ? »
Qui a mis dans l'ibis la sagesse,
donné au coq l'intelligence?
Qui dénombre les nuages avec compétence
et incline les outres des cieux,
tandis que la poussière s'agglomère
et que collent ensemble les glèbes ?

 Chasses-tu pour la lionne une proie,
apaises-tu l'appétit des lionceaux,
quand ils sont tapis dans leurs tanières,
aux aguets dans le fourré ?
Qui prépare au corbeau sa provende,
lorsque ses petits crient vers Dieu
et se dressent sans nourriture ?

Sais-tu quand les bouquetins font leurs petits ?
As-tu observé des biches en travail ?
Combien de mois dure leur gestation,
quelle est l'époque de leur délivrance?
Alors elles s'accroupissent pour mettre bas,
elles se débarrassent de leurs portées.
Et quand leurs petits ont pris des forces et grandi,
ils partent dans le désert et ne reviennent plus près d'elles.
Qui a lâché l'onagre en liberté,
délié la corde de l'âne sauvage ?
À lui, j'ai donné la steppe pour demeure,
la plaine salée pour habitat.
Il se rit du tumulte des villes
et n'entend pas l'ânier vociférer.
Il explore les montagnes, son pâturage,
à la recherche de toute verdure.

Le boeuf sauvage voudra-t-il te servir,
passer la nuit chez toi devant la crèche?
Attacheras-tu un boeuf par une corde au sillon,
hersera-t-il les vallons derrière toi ?
Peux-tu compter sur sa force très grande
et lui laisser la peine de tes travaux ? '
Seras-tu assuré de son retour,
pour amasser ton grain sur ton aire ?

L'aile de l'autruche bat allègrement,
et que n'a-t-elle le pennage de la cigogne et du faucon?
Elle abandonne à terre ses oeufs
les confie à la chaleur du sol.
Elle oublie qu'un pied peut les fouler,
une bête sauvage les écraser.
Dure pour ses petits comme pour des étrangers,
d'une peine inutile elle ne s'inquiète pas.
C'est que Dieu l'a privée de sagesse,
ne lui a point départi l'intelligence. '
Mais sitôt qu'elle se dresse et se soulève,
elle défie le cheval et son cavalier

Donnes-tu au cheval la bravoure,
revêts-tu son cou d'une crinière ?
Le fais-tu bondir comme la sauterelle ?
Son hennissement altier répand la terreur.
Il piaffe de joie dans le vallon,
avec vigueur il s'élance au-devant des armes.
Il se moque de la peur et ne craint rien,
il ne recule pas devant l'épée.
Sur lui résonnent le carquois,
la lance étincelante et le javelot.
Frémissant d'impatience, il dévore l'espace ;
il ne se tient plus quand sonne la trompette
à chaque coup de trompette, il crie : Héah !
Il flaire de loin la bataille,
la voix tonnante des chefs et le cri de guerre.

Est-ce avec ton discernement que le faucon prend son vol,
qu'il déploie ses ailes vers le sud ?
Sur ton ordre que l'aigle s'élève
et place son nid dans les hauteurs? 
Il fait du rocher son habitat nocturne,
d'un pic rocheux sa forteresse.
Il guette de là sa proie
et ses yeux de loin l'aperçoivent.
Ses petits lapent le sang,
où il y a des tués, il est là.

Alors Yahvé s'adressant à Job lui dit :

L'adversaire de Shaddaï a-t-il à critiquer ?
Le censeur de Dieu va-t-il répondre ?

Et Job répondit à Yahvé :

J'ai parlé à la légère : que te répliquerai-je ?
Je mettrai plutôt ma main sur ma bouche.
J'ai parlé une fois, je ne répéterai pas ;
deux fois, je n'ajouterai rien.


Photo  shutterBRI (flickr) , Garden Grove, CA