charbon

Je ne sais pas ce que j'ai fait de travers. À la mai­son aussi, j'allais chercher le charbon à la cave, et sans jamais avoir de problèmes. Encore qu'à la maison on ne stockât pas une telle quantité de coke. Le remplissage du premier seau se passa bien. Quand, prenant à son tour le deuxième seau par ses poignées, je l'enfonçai au bas du tas, la montagne se mit en marche. Partant du haut, de petits morceaux se mirent à débouler à grands bonds, et de gros morceaux à faire de petits sauts, plus bas cela devint un glissement général, et tout en bas une avalanche qui roula sur tout le sol. Il s'éleva un nuage de poussière noire. Je m'immobi­lisai, effrayé, recevant sur moi par-ci par-là des morceaux, et me retrouvai bientôt dans le coke jusqu'aux chevilles.

Quand la montagne se fut apaisée, je tirai mes pieds du coke, remplis mon deuxième seau, cher­chai et trouvai un balai pour repousser les mor­ceaux qui avaient roulé jusque dans le couloir, puis je refermai la porte et le cadenas, et je montai les deux seaux.

Elle avait ôté sa veste, desserré sa cravate, débou­tonné son col, et elle était assise à la table de la cuisine devant un verre de lait. Elle me vit et eut d'abord un petit gloussement retenu, puis elle rit à gorge déployée. Me montrant du doigt, elle cla­qua l'autre main sur la table. « Regarde-toi, gar­çon, regarde-toi ! » Alors j'allai voir mon visage noir dans le miroir au-dessus de l'évier et je me mis à rire aussi.

« Tu ne peux pas rentrer chez toi comme ça. Je vais te faire couler un bain et brosser tes affaires. » Elle alla vers la baignoire et ouvrit le robinet. L'eau coula à grand bruit, toute fumante, dans la baignoire. « Fais attention en te déshabillant, je ne tiens pas à avoir la cuisine pleine de charbon. »
J'hésitai, retirai mon pull et ma chemise, hésitai encore. L'eau montait rapidement, et la baignoire était presque pleine.
« Tu ne vas pas te baigner avec tes chaussures et en pantalon ? Garçon, je ne regarde pas. » Mais quand j'eus fermé le robinet et quitté même mon slip, elle me regarda tranquillement. Je rougis, montai dans la baignoire et me plongeai entière­ment dans l'eau. Quand je refis surface, elle était sur le balcon avec mes vêtements. Je l'entendis frapper mes chaussures l'une contre l'autre, puis secouer mon pull et mon pantalon. Elle cria quel­que chose vers la cour, il était question de pous­sière de charbon et de copeaux de bois, on lui répondit d'en bas et elle rit. Rentrant dans la cui­sine, elle posa mes affaires sur la chaise. Elle ne me jeta qu'un bref coup d'oeil. « Prends le sham­poing et lave-toi aussi les cheveux, je vais t'appor­ter la serviette. » Elle prit quelque chose dans l'armoire et sortit de la cuisine.

Je me lavai. L'eau de la baignoire était sale, et j'en fis couler d'autre pour me rincer la tête et le visage sous le robinet. Puis je restai allongé, enten­dant gargouiller le chauffe-eau, sentant sur mon visage l'air frais qui passait par la porte entrebâil­lée, et sur mon corps la chaleur de l'eau. J'étais bien. C'était un bien-être excitant et j'eus une érection.

Je ne levai pas les yeux quand elle rentra dans la cuisine, mais seulement quand elle fut près de la baignoire. Elle tenait une grande serviette déployée devant elle, à bras tendus. « Viens ! » Je lui tournai le dos en me levant et en sortant de la baignoire. Par-derrière, elle m'enveloppa de la tête aux pieds dans la serviette et me frotta pour me sécher. Puis elle laissa tomber la serviette par terre. Je n'osais pas bouger. Elle s'approcha si près de moi que je sentis ses seins contre mon dos et son ventre contre mes fesses. Elle était nue aussi. Elle mit ses bras autour de moi, une main sur ma poitrine et l'autre sur mon sexe dressé.
« C'est bien pour ça que tu es venu !

- Je... » Je ne savais pas quoi dire. Je ne pou­vais pas dire oui, je ne pouvais pas dire non. Je me retournai. Je ne vis pas grand-chose d'elle. Nous étions trop près. Mais je fus bouleversé par la pré­sence de son corps nu. « Comme tu es belle !
- Oh, garçon, qu'est-ce que tu racontes ! » Elle rit et mit ses bras autour de mon cou. Et je la ser­rai aussi dans mes bras.

J'avais peur de la toucher, peur de l'embrasser, peur de ne pas lui plaire et de ne pas être à la hau­teur. Mais quand nous nous fûmes tenus un moment ainsi, quand j'eus respiré son odeur et senti sa chaleur et sa force, tout alla de soi. L'exploration de son corps, avec mes mains et ma bouche, la rencontre de nos bouches, et enfin elle sur moi, yeux dans les yeux, jusqu'à ce que je sente que j'allais jouir; je fermai les yeux et tentai d'abord de me retenir, puis je poussai un tel cri qu'elle l'étouffa de sa main sur ma bouche.

in, « Le liseur »
Peinture Filip Denis, "La cave à charbon"