30 juin 2007

Océania 3

Dépendre le linge, le plier dans son panier, sauter le fossé et cueillir une grappe de raisin. Le grain est petit, serré, sucré, croquant. L’écraser entre langue et palais. C’est bon. Bien fermer les lèvres, retenir le jus. Il est midi, le soleil tape. La moitié d’un nuage blanc dépasse de la colline. L’ombre du cyprès, fermer les yeux. Tu es présent, je t’aime Je t’aime en moi et dans cette nature surchauffée Je t’aime dans le grain du raisin, Je t’aime dans le parfum du linge propre Je... [Lire la suite]
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29 juin 2007

Océania 2

Là-bas, mon homme dort. L’homme que j’aime. Il dort. Ici, la femme qui l’aime tisse de l’amour fil de chaîne fil de trame entrelacs doré. Là-bas, ta femme dort. La femme que tu aimes. Elle dort. Ici, l’homme qui l’aime dans le sable d’un moutou écrit son nom content de le tracer heureux d’aimer. Quand elle s’arrête de te parler Elle continue, elle t’écrit Elle ne veut pas te quitter Elle ne peut pas te quitter Tu es là à l’intérieur d’elle Tout beau tout... [Lire la suite]
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28 juin 2007

Pascal Quignard (Flamme)

Plus on s'approche du feu, plus on contemple qu'il se résume à la quantité de matière qui vient à manquer dans sa flamme.Ce qui fait la flamme plus brûlante, la braise plus rouge, l'éclat plus lumineux est ce qui devient davantage « rien » en elle. C'est ce qui se précipite pour ne devenir « plus rien » au coeur de la fournaise qui gondole comme une illusion en elle, dans l'air tremblé et translucide de la chaleur. C'est ce « plus rien » qui crie dans le crépi­tement. C'est ce « plus rien » qui est blanc au coeur des... [Lire la suite]
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27 juin 2007

André Comte-Sponville

« Nous ne savons renoncer à rien », disait Freud. C'est pourquoi le deuil est souffrance et travail. Il y a souffrance, non à chaque fois qu'il y a manque, mais à chaque fois que le manque n'est pas accepté. Le monde nous dit non - et nous disons non à ce refus. Cette négation de la négation, loin d'aboutir à je ne sais quelle positivité, nous enferme dans la douleur ou la frustration. Nous sommes malheureux parce que nous souffrons, et nous souffrons encore plus d'être malheureux. De là ces larmes, ce sentiment de révolte ou... [Lire la suite]
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25 juin 2007

Claude Esteban

Ne garderai-je du jour que cette longue lassitude et la poussière des chemins au fond des yeux ? Je m'assiérai n'importe où, je tenterai seulement de reprendre souffle, sans hâte et comme pour mieux me souvenir. L'espoir, quand on s'arrête de marcher, devient inutile, mais le vieux désir d'être encore ne disparaît pas avec lui. Et je suis là, comme quelqu'un qui s'étonne que son corps le soutienne et le défende, ce corps meurtri, ce corps appesanti, le mien... [Lire la suite]
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24 juin 2007

Antoine de Saint-Exupéry

Pour comprendre l'homme et ses besoins, pour le connaître dans ce qu'il a d'essentiel, il ne faut pas opposer l'une à l'autre l'évidence de vos vérités. Oui, vous avez raison. Vous avez tous raison. La logique démontre tout. Il a raison celui-là même qui rejette les malheurs du monde sur les bossus. Si nous déclarons la guerre aux bossus, nous apprendrons vite à nous exalter. Nous vengerons les crimes des bossus. Et certes les bossus commettent aussi des crimes.Il faut, pour essayer de dégager cet essentiel, oublier un instant... [Lire la suite]
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22 juin 2007

Jack Kerouac

Mais alors ils s'en allaient, dansant dans les rues comme des clochedingues, et je traînais derrière eux comme je l'ai fait toute ma vie derrière les gens qui m'intéressent, parce que les seules gens qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme... [Lire la suite]
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20 juin 2007

Erri De Luca (Le panneau)

Le panneauOn avait détaché un panneau du bureau pour regarder les jambes de la remplaçante. Nous étions une classe de garçons du Sud de seconde classique, de seize à dix-sept ans, assis sur nos bancs l'hiver nos manteaux sur le dos. La remplaçante était gentille, belle aussi et ça c'était un événement. Elle avait suscité le répertoire complet de l'admiration possible chez de très jeunes gens: de la rougeur au geste obscène. Elle portait des jupes presque courtes pour l'année... [Lire la suite]
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19 juin 2007

Jules Supervielle

La mer C'est tout ce que nous aurions voulu faire et n'avons pas fait, Ce qui a voulu prendre la parole et n'a pas trouvé les mots qu'il fallait, Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret, Ce que nous pouvons toucher et même creuser par le fer sans jamais l'atteindre, Ce qui est devenu vagues et encore vagues parce qu'il se cherche sans se trouver, Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait, Ce qui est devenu sillage de quelques secondes par goût fondamental de... [Lire la suite]
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18 juin 2007

Claude Esteban

Que cet arbre me pardonne si je n’ai pas su le dire comme je le devais dans les mots d’un poème. Ce qui m’était si proche, si familier, je pensais pouvoir m’en emparer sans pudeur, le modeler à ma guise, le délaisser dès lors que j’en aurais épuisé la substance, délimité les contours. J’avais des yeux, mais je n’avais nul besoin de voir, je savais déjà. J’avais pour moi les noms, les verbes, une grammaire. Cette langue qui m’avait donné tant de mal pour que je la possède, c’était elle, à la fin, qui me permettait... [Lire la suite]
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