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Il était une fois un homme et une femme, l’Un est sur l’eau, l’Une est sur la terre.

Le bateau de l’Un s’appelle Océania.. Océania est rouge avec une ligne blanche.

Oui, tout au long de la coque,  il y a une ligne blanche…il a omis de le dire.

La terre de l’Une est dure et rousse, gorgée de soleil, privée d’eau.

La maison couleur ocre qu’elle habite est entourée de vignes et de cerisiers.

Force soulevée des profondeurs, écume aérienne des cerisiers, chacun sa vague.

Vingt-deux mille kilomètres les séparent, ils s’écrivent, ils chattent

l’Un en vert, l’Une en bleu, blanc entre les lignes.

Lorsque vert voit bleu sur son écran, il est un petit peu électrocuté,

parfois son corps s’émeut en regardant cette écriture.

Il aime lire les phrases qu’elle trace, elle aime les tracer pour lui qui les lit.

Un bloc de mots bleus jaillit sur l’écran

comme une décharge crépitant sur les électrodes du désir.

L’écran est souvent très bleu partout avec une touche de vert ça et là..

Elle écrit beaucoup, elle décrit, elle déverse ses émotions.

Elle ne raconte pas la vaisselle, les courses, repassage/nettoyage.

Elle ne pose pas beaucoup de question, elle retient sa respiration,

pour mieux percevoir, pour laisser champ libre à l’intuition

Patiemment, intensément elle brode, elle brûle, elle imagine

elle pulse, elle vit, elle a chaud froid et lui aussi.

Ce qui les anime c’est le toucher, la vue, le goût, l’ouïe, l’odorat.

Ils ferment les yeux pour mieux rêver

ils effleurent leurs peaux

ils voient la joie dans leur regard

ils savourent ce que le corps exsude

ils entendent le bruit des baisers

ils flairent l’odeur animale du désir.

Un jour là-bas loin d’ici, après avoir accosté,

ayant beaucoup donné, ayant beaucoup reçu.

l’Un a marché sur la terre, un pied devant l’autre,

avec un petit bagage il est revenu par les airs.

Il a sonné à la porte de la maison de ses parents,

Le père est venu ouvrir…Mon fils ?…c’est toi …? qu’il a dit,

il a appelé la mère, ils se sont embrassés,

ils ont pleuré, tout le monde était content.

Au téléphone, l’Une a entendu bonjour mon Amour,

l’Un met toujours une majuscule à Amour,

alors, maintenant elle le fait aussi.

C’est vrai que l’Amour ne peut pas être minuscule…

Vingt-quatre petites cases sur papier quadrillé,

dernières heures d’attente, sont croisées de rouge,

Dans une Ford verte, il a roulé jusqu’à la Peugeot bleue

L’Un a ouvert ses bras, l’Une s’y est blottie.

Tu es comme je l’imaginais, exactement…. et moi pour toi ?

Plus grand, plus mince…

Ils quittent le virtuel, ils entrent dans le réel.