image001Le pire mal dont souffre le monde est, je l’ai dit maintes fois, non la force des méchants, mais la faiblesse des meilleurs.

Et cette  faiblesse a en partie sa source  dans la paresse de volonté, dans la timidité morale.

Les plus hardis sont trop heureux, à peine dégagés de leurs chaînes, de se rejeter dans d’autres ; on ne les délivre d’une superstition sociale que pour les voir, d’eux-mêmes, s’atteler au char d’une superstition nouvelle.

N’avoir plus à penser soi-même, se laisser diriger.

Cette abdication, c’est le noyau de tout le mal.

Le devoir de chacun est de ne point s’en remettre à d’autres, fût-ce aux meilleurs, aux plus sûrs, aux plus aimés, du soin de décider pour lui ce qui est bien ou mal, mais de le chercher soi-même, de le chercher toute sa vie s’il le faut avec une patience acharnée.

Mieux vaut une demi-vérité qu’on a conquise par ses propres forces qu’une vérité entière qu’on a apprise d’autres, par cœur, comme un perroquet. Car une telle vérité que l’on adopte les yeux fermés, une vérité par soumission, une vérité par complaisance, une vérité par servilité, cette vérité n’est qu’un mensonge.

Homme, redresse-toi ! Ouvre les yeux, regarde ! N’aie pas peur !

Le peu de vérité que tu gagnes par toi-même est la plus sûre lumière.

L’essentiel n’est pas d’amasser une grosse science mais, petite ou grosse, qu’elle soit tienne et nourrie de ton sang, et fille de ton libre effort.

La liberté de l’esprit, c’est le suprême trésor.

In, « Tolstoï, l’esprit libre » 
photo jl108