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Les porteurs de lunettes essuient machinalement leurs verres vingt fois par jour, s'accoutument à progresser derrière une constellation de gouttelettes qui diffractent le paysage, le morcellent, gigantesque ana­morphose au milieu de laquelle on peine à retrouver ses repères : on se déplace de mémoire. Mais que le soir tombe, qu'il pleuve doucement sur la ville, que les néons des enseignes clignotent, dessinent dans la nuit marine leur calligraphie lumineuse, ces petites étoiles dansantes qui scintillent devant les yeux, ces étincelles bleues, rouges, vertes, jaunes qui éclaboussent nos verres, c'est une féerie versaillaise. En com­paraison, lunettes ôtées, comme l'original est plat.

In, « Les Champs d'honneur »
Photo jl108