Aussi faut-il, écrit Giordano Bruno, une échelle entre les liens.

"Quiconque lie n'enchaîne pas à lui l'âme s'il ne l'a d'abord dérobée; il ne la dérobe pas s'il ne l'enchaîne pas; il ne l'enchaîne pas s'il ne s'unit pas à elle; il ne s'unit pas à elle s'il ne la rejoint pas; il ne la rejoint, sinon en un élan impétueux; il ne s'approche s'il ne s'incline et, même, s'il ne décline vers elle; il ne s'incline pas s'il n'est mu par désir ou par affect; il n'a pas d'appétit s'il n'a mûri la connaissance de cette âme; mais il ne mûrit connaissance si l'objet, en figure ou en simulacre, ne se présente à ses yeux, à ses oreilles ou aux perceptions du sens interne. Il conduit donc les liens à leur destination au moyen de la connaissance en général, il attache ces liens par un affect en général : je dis connaissance en général parce qu'on ne sait pas toujours par quel sens s'opère la capture; je dis affect en général parce que celui-là non plus n'est pas facile à définir. »

Qu'écrit ainsi Giordano Bruno dans son traité Des liens en général? Un art de la séduction, une glose au Prince de Machiavel? Un essai de psychologie ou le traité d'un amateur de sujets de peinture?


In, « Une maison de peinture » de Jean-Louis Schefer