sourire_de_l_ange_dernier

Si le sourire de Reims n'est pas celui de l'autorité, c'est que l'ange est dans la ville, comme perdu et pourtant le seul visible. Il n'est pas la pierre qui avec d'autres pierres porte l'ensemble de cette famille serrée sur elle-même, énorme, diverse et étroite, où chacun garde un nom et qui a couronné de ces noms tant de postérité. Ce qu'il est, c'est écrasé. Pourtant, il n'est pas écrasé par cet édifice-là, par cet événement, par ce pouvoir-là, il est écrasé de toujours pour toujours. Être sans pouvoir, c'est son essence : son sourire ne peut être celui du règne. Être de toujours, mais surtout devoir être toujours, et ce sourire ne peut être celui de l'ironie.
La légère inclination de la tête, où sont la connaissance et l'obéissance : l'habitude. Le commandement auquel il obéit, c'est le regard, n'importe quel regard, sur n'importe quoi. De l'homme à l'herbe, de l'homme à l'homme, de l'homme à l'absent, ce qui est là, c'est sa figure. Étouffée ou radieuse, elle est là, obligée. Parole, image, musique, tout le dit et rien. Il est au cœur du domaine où toute relation va naître. Éternellement recommencée. Ne possédant rien, ne pouvant rien, il est obligé d'être là toujours. Et s'il arrive que l'on dise : “ la seule transcendance c'est la relation entre les êtres ”, dans le bonheur et dans les larmes, c'est lui que l'on voit. Otage régulier de cette prodigieuse bastille, ni maître ni frère, il est dans ce qui se passe, ce qui ne peut pas ne pas être reconnu.

Cathédrale de Reims