dessin_Marie_3

 

La poésie est capable de conduire parfois (à l'instar des métaux bons conducteurs) un tressaillement, une détresse, une pauvreté de la parole en communiquant aux mots sa fluidité, son pouvoir corrodant sans mémoire. Ainsi le mot - l'image -, de simple élément chimique qui participe à la constitution d'un corps composé (un sème), se transforme en enzyme pouvant opérer la synthèse ou la lyse, la création inattendue de composés nouveaux, ou mieux, de substances, qui lèvent, en ce qui les brûle, des flammes différentes.

Ce lieu de haute énergie où s'ordonnent des mots (ou qu'ordonne la parole) que nous appelons poésie, est un foyer de virulence, une matrice ou un champ de force où se composent et se défont nos constellations, de même que l'apparition de tel motif chimique (un métabolite) déclenche dans la cellule telle construction, telle décomposition. Il suffira de remplacer le déterminisme rigoureux du programme cellulaire par la souplesse et la fugacité d'une respiration.

Voici une molécule qui provoque la saturation nécessaire à la formation d'un cristal, un enzyme qui déclenche telle construction, ou "reconnaît" des éléments qui sans lui n'avaient pas de signification.

Et voici cette brèche, cette lumière, cette obscurité, qui permettent de voir là où on ne faisait que regarder. De respirer là où on ne faisait que discourir.

In, "Approche de la parole"

Dessin de Marie