3totems___Faujas

                                                 dessin de Faujas

Quand le temps fut venu de dire adieu à l'idée de l'Homme, un soulagement sans pareil et une joie de retrouvailles accueillirent le début de la période zoologique qui marquait la fin de l'humanité en tant qu'humanité.

Ceux qui ne saluèrent pas comme il convenait au plus grand nombre cette joyeuse jouvence furent assez vite abandonnés, et tous les autres, éblouis, s'adaptèrent.
Tous. Même ceux qui s'étaient réfugiés dans la bibliothèque. Les plus heureux - les mieux cachés - vécurent encore quelques histoires, protégés par l'indifférence absolue où les vainqueurs tenaient toute chose. Puis, quand on ne sut plus vraiment lire, on les oublia.

Cette fois, il ne fut pas nécessaire de brûler les livres et d'une certaine façon ce fut un grand progrès. La prohibition douce de la pensée fut un grand progrès. L'asservissement volontaire à la force aveugle du vivant fut un grand progrès. La victoire de la technologie sur la science fut un grand progrès.

La démocratie réalisa tranquillement le rêve du totalitarisme, et pendant un certain temps tous s'en trouvèrent bien.
L'intelligence utile régna. L'esprit, enfin, put devenir la lie du corps.

« Et la littérature ?
- L'amour. Le monde entier est sa cachette. »

In, « Le monde entier est ma cachette »