Le texte est le lieu d'une expérience singulière, privilégiée, d'une récréation dont chaque lecteur peut devenir le centre, pour peu qu'il veuille sortir de cette passivité où il s'appauvrit, qui l'isole du texte dont le sens lui échappe toujours en grande partie et nécessairement, puisque fixé par l'auteur, n'appartenant qu'à l'auteur, le lecteur n'y a aucune part.
Que le lecteur apprenne qu'il n'est pas le spectateur ébloui ou ennuyé d'une histoire faite ailleurs avec laquelle il n'a pas maille à partir.
Qu'il sache seulement que le texte lui parle de lui et de sa propre histoire et aussitôt lui apparaîtront des sens possibles.
Le lecteur apprendra que le texte lui apporte dans un langage déjà codé, qu'il n'appartient qu'à lui de décoder, le souffle nocturne de sa vie la plus lointaine, ensevelie, indicible.
C'est dire qu'il n'y a pas un sens fixé du texte, que la vérité du texte est partout et nulle part, que chacun a le pouvoir de faire exister des sens, de décider des sens...

In, "Le Céleste et le Sublunaire"