Redfish_Woman_mini[...] Mais, en vérité, l'anatomie de Gormley m'indiffère- comme m'indiffèrent ses enveloppes décoratives. J'aimerais, par des déformations signifiantes, par l'inexactitude, par la recomposition, qu'il me dise quelque chose du corps, du sien, du mien, du nôtre.
Qu'il prenne les risques que prend la jeune artiste française Rachel Daireaux.
Car si cette dernière utilise elle aussi un procédé original - elle construit ses corps de femme en laçant des bouts de tissus récupérés dans les poubelles des fabricants du Sentier, à Paris -, elle modèle avec excès, construit des volumes outranciers rappelant le dessin des personnages de Paul Rebeyrolle, joue avec le trop, le kitsch, la profusion des couleurs emmêlées, flirte avec la vulgarité, évite de justesse l'écueil de l'obscénité, et nous parle à sa façon du désir et de la souffrance.
Il reste que ce désir et cette souffrance, absolument féminins, peuvent nous laisser au seuil de quelque chose d'impénétrable.Il manque encore à son oeuvre cette complexité qui nous la rendrait, à l'exemple du Milon de Crotone de Puget, plus mystérieuse. plus abyssale et, paradoxalement, plus proche. A suivre, donc.

Olivier Cena




"Redfish Woman", statue en tissus et corde, 2004