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Anne Gastinel au violoncelle

Je n'ai jamais dit à personne

la profondeur du vernis les mille échos
le chatoiement de la garance épousant la gomme-gutte
le santal creuset d'or et de feu embrasant l'érable flammé pailleté

ces contours
épaules doucement tombantes
courbes tendres sous la paume

une taille retenue
discrète intériorité
soudain des hanches généreuses se déploient
elles couvent la musique du monde


je n'ai jamais pu dire
le ventre d'épicéa aux veines de satin
tissant sève résine
tendresse rigueur

alliance des rythmes
croissance retenue du bois d'hiver
puis celle débridée folle de vie
de la première saison de l'année

peau satinée dont le luthier
d'une main intuitive
a frôlé le point de rupture
pour la plus grande vibrance du corps
qu'elle enserre

ventre colline aux flancs couleur de blés
ma main le frôle caresse glisse
s'arrête au creux d'un creux
repart

ventre caverne
abri des souffles murmures
clameurs coeur de gestation
ventre dôme
cathédrale de planches amadouées

de l'ondoiement de cette peau de bois sonore
incisée de deux ouïes
percées vers l'altérité
éclôt un jour le son de l'édifice

balbutiement puis timbre clair
chaud
de l'instrument ondulant de bas en haut
de la terre au ciel

se faufile jusqu'à exploser
le chant des origines

ai-je jamais dit
un violoncelle né de mains de femme