Nef_Silvacane_nouv

La voix vient d'une petite chapelle, masquée par le pilier, à gauche du choeur.
Une jeune femme mince et fine, jupe blanche, corsage vert comme doit être le vert de la « feuille d'eau »,

droite, bien campée sur ses pieds légèrement écartés, les paumes tournées vers le haut,
chante face à un petit autel de pierre. Ses cheveux bruns relevés laissent apparaître la fragilité tendre de la nuque.

Techniquement, elle cherche l'harmonique qui lui est propre.
L'architecture du lieu amplifie le son, il semble provenir de plusieurs voix.
Avec humilité, la jeune femme cherche dans son corps la voie propice à la circulation de son souffle, épanouissement de son chant. Colonne vertébrale, gorge, ventre, poumon, estomac... entre deux exercices, elle assouplit sa nuque, la fait rouler sur ses épaules, plie les jambes, courbe le dos, se déhanche doucement... danse d'amour.

Souvenir
Une randonnée à cheval en juin vers les gorges de la Nesque.
Longer un immense champ de blé mûr.
Un vent léger les caresse en vagues d'or bruni.
Au milieu de cette immensité dorée un point rouge se déplace lentement,
une machine agricole, une faucheuse,
conduite par une silhouette minuscule.
Inexorablement, elle fauche.
Le blé se couche, n'ondoie plus.
Les chênes à gauche du sentier, le champ à droite,
le ciel bleu, les chevaux les uns derrière les autres...
Le regard se trouble, le coeur étreint d'une émotion poignante.
Cette eau-là, dans les yeux, n'est pas salée. C'est une eau de source.
Même eau, même source à l'écoute du chant qui s'élève.