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Ne réponds pas à ces phrases. Fais-moi savoir si tu les as reçues
Et si tu veux me faire plaisir recopie-les et envoie-moi, soit la copie soit les originaux.
Car je ne relirai pas ce que j'ai écrit ce soir. Si demain matin je les relisais tu ne les recevrais jamais.
Si j'étais une femme et qu'un homme m'écrivait ainsi j'aurais peur de lui car je croirais qu'il est un peu fou.
Et moi je continue à faire mes petits papiers pour savoir si tu comprends ma pensée.
Car je préfère si tu dois me trouver étrange que tu le saches tout de suite.
Si un jour tu me délaisses et que tu aies du plaisir à te moquer de moi tu seras incapable de montrer cette lettre pour en rire avec un autre.
Car les vérités que je te dis n'ont pas pour but de te supplier de m'aimer.
Ces lettres-là sont ridicules.
Je te demande simplement de ne pas oublier que la passion que j'ai pour toi ne consiste pas à
souffrir si tu ne m'aimais pas.
Souffrir ce n'est pas ça.
Souffrir ce serait accepter que tu me consoles en faisant semblant de m'aimer car tu croirais alors que je désire une affection qui pour toi serait un sacrifice.
Tu ne m'aimes pas si tu ne désires pas par nécessité que je sois à toi.

Je suis sûr d'une chose sinon je ne t'écrirais pas comme ça ce soir : c'est que probablement jamais dans ta vie quelqu'un l'a fait ou le fera.
Je triomphe ainsi en te prouvant que je suis le seul parmi tous les hommes que le destin jettera dans ta vie qui t'aura un jour dit ses pensées sous une forme qu'il a créée un soir pour toi seule.
Même si tu cessais de t'intéresser à moi je tiendrais la plus belle vengeance : me dire que toute ta vie tu ne reverras plus jamais un amour qui ait inventé une forme spéciale pour parler de ta sensibilité.

Supplément :
Il est probable que je ne t'écrirai plus de lettre aussi grave que celle-ci.
Si tu comprends le désir qu'elle renferme tu sauras que je pourrai t'aimer dans la suite sans un mot.
Tu sauras ainsi que mon amour est tellement orgueilleux que je n'hésite pas à te dire en toute franchise : jamais je ne te supplierai de continuer par pitié à me montrer que tu m'aimes avec tout ton être. Le jour où je comprendrai que je ne suis plus celui que tu choisis parmi les hommes je te quitterai le premier.
Car la plus grande joie que tu puisses me donner, la seule qui pour moi ressemble au bonheur est que je sache que sans moi il manquerait quelque chose à ta vie.

Une dernière feuille pour te dire que je ne t'écrirai plus jamais comme ceci.
J'espère qu'après ce que je t'ai dit il ne sera plus jamais nécessaire que je te dise, même une fois, que je t'aime.
Tu dois le savoir pour toujours.
Fais-moi un plaisir : en m'écrivant demande-moi quel a été mon but véritable en te disant tant de choses que je ne veux pas relire. Tu me donneras ainsi l'occasion de te dire combien mon amour pour toi est grave, pensif et avide d'intelligence.
Mais si tu ne me le demandes pas je ne te le dirai jamais.