Le paradis perdu

Je suis cet homme nu qui marche dans la nuit
Funambule obstiné, mémoire de la terre
Je marche sur les fils tendus entre les astres
Poème dont les mots recomposent un corps
De l'homme je n'ai plus que sa raison de vivre
La nuit c'est la musique invincible de l'âme
C'est l'ombre d'un oiseau qui cherche où se poser
C'est aussi bien le jour s'il y avait un jour
Je chante sur les toits envolés de l'amour
J'ai tout perdu, le vent et l'or de la verdure
La chair et ses glaïeuls, l'herbe des habitudes
La complaisance et le sourire des rivières
Le pain, le vin, les fruits bleus de la rêverie
Le jardin retrouvé des rondes enfantines
J'ai tout perdu, l'orgueil insensé de la science
Quand la terre éclata comme un fruit l'impatience
Des hommes devenus poussière purulente
Que reste-t-il? hormis ce chant que nul n'entend
Sur mon chemin perdu j'ai semé tant de miettes
Que je pourrais nourrir tous les oiseaux du monde.