The way we were

Qu'auras-tu été pour moi quand je penserai à toi,
Disons d'ici dix ans, quand déjà tes trente ans
Commenceront à te peser ? Moi, bien perdu
Au fond du puits de mes cinquante-trois ans,
Me souviendrai-je de ce mai, de juin, de juillet,
Avec une tendresse magnanime, avec le sens
De l'humour, avec un peu d'orgueil,
sans un brin de sentimentalisme ?

La matière légère de nos rêves
Est celle-là même dont nous avons été pétris,
Disait Billy, en anglais, et je cite de mémoire.
Mais moi je ne veux pas croire que tu sois
L'un de ces films incolores qu'ensuite
Pour les expliquer, nous devons recomposer
Et falsifier. Non. Toi, je veux que tu sois réel
Et donc fugace ; je sais bien que c'est triste.

La mélodie de ce printemps
Me sera ramenée obstinément par le vent sec
De mon automne, lorsque, parmi des feuilles
Rouges - vieilles pièces de cuivre -
Il voudra convaincre ma solitude
Qu'on peut acheter l'amour, hélas, ne serait-ce
Qu'avec la poésie et l'intelligence.
Il est tellement possible que je l'écoute !

Toi, au meilleur de ta vigueur adulte
Sur le brisant des passions troubles
Quel souvenir auras-tu de moi ? Je ne m'abaisse pas
A te demander une ombre de tendresse.
L'odeur du sang peut-être aiguisera
Tes dents pour la cruelle chasse.
La vie de la jungle te sera dure
Si tu veux une place dans la vieille tribu.

Mais maintenant je ne veux rien conjecturer.
De ces mois où je t'ai tant aimé
Et de ceux qui viennent - peut-être vais-je t'aimer
Encore de plus en plus - n'en demeurera-t-il
Qu'une poussière de souvenir et quelque poème ?
Pour toi et moi, quand arriveront les brouillards
Au confort cher payé, que nous sachions nous comprendre
Tel que nous étions, rien de plus, c'est ce que je demande.