LA QUÊTE

II y a un an, dans le métro, je vois une phrase : « Où est passé Don Quichotte ? »
Qu'avait voulu exprimer le type qui avait écrit Où est passé Don Quichotte ?
Deux jours plus tard, un autre marquait : « II tape le carton avec Gauguin aux Marquises. »
Huit jours plus tard, un bandeau indiquait : « Défense d'afficher " et les deux phrases avaient disparu.
Ce jour-là, j'ai eu envie de réfléchir à la quête. Trouver un sens. Sans perdre le contact. Humain...
Y a plus de monde au bord de la mer qu'en haut de l'Himalaya, et alors ?
A quoi sert de vivre, si c'est pour trouver ce qu'on sait déjà ?
Chaque poète est unique... C'est l'unicité qui crée, et crée le poète.
Il n'y a pas d'école de poésie. Il n'y a pas de professeur de poésie.
II n'y a pas de poète professionnel. Il n'y a pas deux poètes qui soient pareils.
N'écoutez pas ce que les autres racontent...
Les autres racontent ce que les autres disent, et les autres disent ce que les autres racontent... en général.
Mais qui ressent ce qu'il dit ? Qui parle de lui ? Qui peut parler en un autre nom que le sien ?
Un poète, c'est une île et il a l'archipel qu'il mérite. Un jour, il écrit. Un jour, il se déhabille.
Un jour, il se rencontre. Un jour, il est. Le reste ? Imagination...
La direction ? Ne ressembler à personne. C'est une nécessité. Accepter sa solitude, tout en continuant à vivre.
II n'y a pas de poètes hors du monde. Leurs oeuvres en témoignent. Pas plus qu'on l'est pour soi, on l'est toujours pour ou dans le regard de l'autre. Ce qui fait poser la question, à qui s'adresse le poète ? A des gens qui savent ? Non. A tout le monde. A ce point unique où chacun se reconnaît, aime, rit, est touché de la même façon, que nous fermons par peur... « Si .je suis poète ou acteur, ce n' est pas pour écrire ou déclamer des poésies, mais pour !es vivre. »
Maintenant, qui est concerné par le fait d'aller plus loin ? Où est la place du rêve dans le nombre ? Jouer quoi ? Guignol ? Profit ? L'oubli que l'on reproche aux autres est le même que les autres vous reprochent. A quel moment nous sommes-nous fidèles ? Que reste-t-il de l'émoi de nos premiers désirs, des bateaux qu'on s'inventait dans dans le silence, de l'inaccessible si proche qui peuplait notre adolescence... Que sont nos rêves devenus ? Où sont les moulins de Don Quichotte ? Être... Être... Qui a posé cette question, Hamlet ou Shakespeare ? L'histoire est toujours la même entre le sourd et le mot : la crème de beauté remplace le miroir, et il n'y a pas besoin d'être homosexuel pour voir que les hommes sont devenus rares... Combien pèse un poème en ce monde ? Créer ? ! A quel prix ? Un personnage qu'on appellera GigoloCache-Cache, et qui révélera le vide de sa réalité en se prenant pour un nombril. Prétention. Ou pire, un roi muet. Imposture.
Le seul qui continue à exister, même mort, c'est Dieu. Vous savez pourquoi ? Parce qu'on garde toujours dans un coin de sa tête, l'idée qu'il a voulu laisser : dépasser la condition humaine, et qu'on ne peut pas faire l'économie de ce qui nous dépasse, même dans les moments les plus sombres. On a besoin du rêve et de la force des mots. On a besoin du fond de soi-même.
Or, pour qu'un rêve soit, il faut une quête. C'est-à-dire partir d'un point pour aller vers un autre. Le point est toujours en soi. Plonger Puis, ouvrir une fenêtre, une fenêtre qui n'existe pas, qui soit une vraie fenêtre, avec espace intérieur. Rester face à cette fenêtre. Refaire le point. Pas à pas et s'apercevoir que c'est la pensée qui rend libre et non la réussite, que formater c'est mettre un masque au manque d'idées, et s'il est difficile d'être original, il est encore plus difficile d'être comme les autres, quand on est poète.
... Dépasser le nombre, trouver sa différence, re-imaginer la fenêtre. Si elle résiste... à la peur, au vent, on a trouvé sa force. Ni avant, ni les fameuses recettes pour l'éternité ne compteront désormais... à part cette fenêtre, et le rêve qui suit...
Si, ses chaussures. Très important, les chaussures. Des chaussures pour aller plus loin, espérer qu'on va aller plus loin, pour aimer, pour l'esprit, pour l'âme, pour se dire demain il fera beau. Hier, c'était bien. Demain, ce sera mieux. Encore ! Hier, c'était bien. Demain, ce sera mieux. Encore ! Hier, c'était bien. Demain, ce sera. Ne pas attendre le bonheur. Il passe, s'il passe. Combien de fois ? Chut...
J'ai rencontré des gens de toutes conditions. Du nec plus ultra au plus modeste. Je suis heureux de la chance qui m'a été offerte. La première chose que j'ai vue dans leur regard, c'est l'enfance. Certains respiraient le ciel, d'autres oubliaient qu'il existe.

Tous m'ont dit:
« J'ai aimé et je suis parti là où j'aimais. Je l'ai voulu, je l'ai cherché. Je l'ai eu ou je l'ai pas eu... - T'as trouvé ton bonheur alors ? »

La réponse n'est pas toujours facile, mais même si elle ne vient pas, les yeux restent ouverts. Et ça, c'est plus qu'un symbole, c'est la vie.
Que dire d'autre ? Ouvrir un livre. Il y en a un que j'ai lu récemment, « Le chercheur d'absolu » de Théodore Monod. Extrait : « Nous ne sommes pas une moyenne mais une addition. Non point du gris mais du blanc et du noir juxtaposés... »
« Deux hommes en moi » disait saint Paul. Ma vie n'a pas toujours été un havre de paix. J'ai appris à résister, me soustraire et me relier en cherchant le libre royaume de la vie intérieure, la fascination de l'universel... J'ai pour précepte cette phrase : « Faites-vous des trésors dans le ciel, là où les mites et la rouille ne dévorent pas, où les voleurs ne percent pas les murs pour voler. » Car le jour viendra...
Je ne sais pas si c'est un grand bonhomme. En tout cas, il me parle. Il me dit : laissez l'ennui aux ennuyeux... un jour, hier c'était aujourd'hui... et, la liberté est offerte à ceux qui le veulent... Je vais écrire... « Il y a un an, dans le métro, je vois une phrase : « Où est passé Don Quichotte ? » Qu'avait voulu exprimer le type qui avait écrit « Où est passé Don Quichotte ? » Deux jours plus tard, un autre marquait... » Je l'ai déjà dit... Excusez-moi, je ne suis pas poète.